L'ordre urbain règne à Montpellier

Publié le 23 Septembre 2011

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Dans les "villes de gauche" comme Montpellier, la démocratie participative et le capitalisme festif s'accomodent d'un nettoyage urbain. La pacification du centre ville passe par son embourgeoisement.
 

Montpellier, « la ville dans laquelle le soleil ne se couche jamais », se présente comme la métropole du vivre ensemble. Mais, dans la cité qui s’affiche « de gauche », l’ordre règne. Dans la novlangue bureaucratique, le torchon de promotion de la mairie (intitulé de manière trés sérieuse "Montpellier notre ville") présente le plan dit « de tranquillité publique ». Il s’agit, pendant la période estivale, d’accélérer la relégation sociale des classes populaires à travers la répression policière. Ce dispositif comprend le contrôle policier de l’espace urbain à travers la circulation d’une brigade mobile et « une surveillance ciblée de plusieurs sites du centre historiques » selon Montpellier notre ville, le journal de la mairie. Un arrêté municipal « réglemente tous les regroupements qui […] portent atteinte à la tranquillité publique ». La consommation d’alcool est interdite, « en dehors des cafés et terrasses » prend le soin de préciser Montpellier notre ville. Les « rassemblements nocturnes » sont particulièrement visés.

 

 

Le triomphe de l'ordre festif

A Montpellier, les places publiques du centre ville sont des lieux de rencontre et de discussion pour ceux qui n’ont pas le désir ou les moyens financiers de s’amasser dans les bars. La place Saint-Roch est devenue un espace de rassemblement. Auparavant, la place Candolle et le Peyrou étaient également prisés par la jeunesse. Mais, à force de répression policière et d’aménagement urbain, la mairie vide les places de toute vie. 

En revanche, le « vivre ensemble » concerne la néo petite bourgeoisie et les cadres branchés que la municipalité tente d’attirer. Ainsi, les terrasses de bars s’agrandissent sous l’œil vigilant des caméras de surveillance. Surtout, la mairie organise les « Estivales » pour attirer le touriste bobo. Il s’agit d’un vaste bar à vin à ciel ouvert au cours duquel les cadres dynamiques en goguette peuvent déguster quelques verres servis directement par les viticulteurs. Cette démarche s'inscrit dans la logique d'un capitalisme festif destiné à pacifier et contrôler l'espace urbain. 
 

En revanche, les festivités qui ne sont pas à l’initiative de la mairie rassemblent un public plus populaire. Le Carnaval de Montpellier regroupe une partie de la jeunesse populaire du centre ville mais fait l’objet d’une répression féroce. La Saint-Patrick, lorsque cette fête commerciale sort des bars et des boîtes à la mode, subit également l’ordre policier. Les journalistes et les médias locaux décrivent ses fêtes qui se déroulent dans la rue comme de véritables émeutes fomentées par des hordes anarchistes assoifées d'insurrections. Les classes laborieuses sont toujours considérés comme des classes dangereuses. Et, dans la ville qui promeut la démocratie participative, se réapproprier l’espace urbain devient un attentat anarchiste. 

 

 

Un urbanisme de guerre sociale

Dans plusieurs villes, notamment de gauche (comme Paris, Lyon ou Toulouse), des arrêtés municipaux interdisent la consommation d’alcool dans la rue. Les raisons de santé et de bruit ne tiennent pas la route lorsqu’elles sont avancées par des mairies qui favorisent l’ouverture de bars, pourvus qu’ils soient hype. Les mairies tentent de vider définitivement le centre ville des classes populaires. A Montpellier des arrêtés anti-mendicité, beaucoup plus explicites accompagnent ses mesures pour ceux auxquels le message de racisme social aurait échappé.

 

La politique de la mairie de Montpellier s’inscrit dans une évolution qui concerne de nombreuses villes. Les mutations urbaines s’adaptent aux évolutions du capitalisme. « Les droits de la propriété privée et du taux de profit priment sur tous les autres » souligne le géographe David Harvey. « C’est l’expulsion du peuple hors des lieux convoités par les profiteurs vers les zones excentrées ou dégradées qui constitue le fil rouge de l’histoire urbaine du capitalisme » estime Jean-Pierre Garnier. Les classes populaires sont relégués à la périphérie des villes à coup de « rénovations » et autres « réhabilitations ». Le renouvellement de la population des centres urbains devient indispensable pour des agglomérations qui veulent s’imposer comme des métropoles attractives et dynamiques dans le cadre d’une compétition continentale, voire mondiale.

Les anciens quartiers populaires se transforment en lieux branchés qui abritent la nouvelle petite bourgeoisie intellectuelle. Ces cadres de la culture ou de la communication s’inscrivent dans un nouveau conformisme marchand. Ses nouveaux habitants deviennent la base sociale de l’électorat des municipalités de gauche. La ville se conforme à la mode imposée par cette petite bourgeoisie. Les salons de thé bio, les bars lounge, les néo-bistrots ou néo-brasseries, les restaurants au look design, kitch ou futuriste colonisent l’espace urbain.

 

Les violentes mutations urbaines, avec augmentation des prix de l’immobilier et nettoyage social, montrent l’impact du capitalisme sur nos vies quotidiennes. Même les fêtes de rue deviennent suspectes dès lors qu’elles sortent du « vivre ensemble » imposé par la mairie de Montpellier.

 

 

 

 

Agir pour la réappropriation de l'espace à Montpellier :

Montpellier squat

"Montpellier : au sujet de l'appel du 17 décembre contre l'urbanisme capitaliste", publié le 14 novembre 2011 sur le site squat.net

Vendredi 7 octobre 2011 à 18h: Réouverture du Peyrou

Une manifestation anti-répression s'est déroulée le 30 avril 2011

 

Sur le Carnaval:

Dans Le Jura Libertaire, "La fin du carnaval ?"

"Carnaval et flicaille", Etrange Normalité n°1

"Jamais répression ne tuera carnaval", Etrange Normalité n°1

"Carnaval", Etrange Normalité n°1

La marchandise ludique à Montpellier:

"Odysséum: le storytelling comme projet de ville", Etrange Normalité n°1

 

Les travaux sur l'urbanisme de Jean-Pierre Garnier:

 

"Note de lecture de l’ouvrage de JP GARNIER", publiée sur le site du Groupe d'Action pour la Recomposition de l'Autonomie Prolétarienne (GARAP)

Jean-Pierre Garnier, auteur de livres sur l'urbanisme, notamment Une violence éminemment contemporaine, tient un blog qui évoque ses questions.

 

Sur le site Article 11 :

"Ce rouleau compresseur s'appelle lutte des classes"

"Voies et moyens pour une critique radicale de l'urbain"

Les précédents travaux de Jean-Pierre Garnier 

Jean-Pierre Garnier, "Scénographie pour un simulacre", Espace et sociétés n°134, 2008 

"L'espace public réenchanté", une conférence publique sur Dionyversité

Un entretien avec Jean-Pierre Garnier sur le site Sons en lutte

Rédigé par zones-subversives

Publié dans #Pensée critique

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